Vie professionnelle, vie privée… Divorce ou nuit de noces ?

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Durant notre dernier petit déjeuner, « Le développement personnel au service du manager », les échanges ont mis en lumière un point crucial : existe-t-il une barrière entre vie personnelle et vie professionnelle ? Ou est-ce seulement une vue de l’esprit ?

Qui n’a pas entendu un de ses collègues de travail s’exclamer : « je ne mélange pas vie personnelle et vie professionnelle » … alors qu’un autre explique qu’il recherche un « équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle » … qu’un troisième se plaint car sa « vie professionnelle empiète sur sa vie personnelle » … et que le dernier explique qu’il souhaite trouver une entreprise « dont les valeurs ne s’éloignent pas de ses valeurs personnelles »

On sent bien, à travers ces paroles rapportées, qu’il existe un paradoxe et une quête. Je veux à la fois ne pas mélanger vie personnelle et vie professionnelle, tout en cherchant un équilibre sans que l’un ne l’emporte sur l’autre… mais en trouvant aussi dans mon travail des aspirations d’ordre personnelle.

im2Dans le même temps, la loi envisage aussi l’idée d’une opposition « vie au travail »/ « vie personnelle ». Depuis le 1er janvier 2017, le droit à la déconnexion, entré en vigueur dans le cadre de la loi travail, illustre parfaitement cette question. Son article 55 prévoit l’obligation pour les entreprises de plus de 50 salariés de négocier avec les partenaires sociaux des « dispositifs de régulation de l’utilisation des outils numériques, en vue d’assurer le respect… de la vie personnelle et familiale ». Parallèlement dans un sondage IFOP de juin 2017, 78 % des cadres avouent consulter leurs messages professionnels en dehors de leur temps de travail, alors que 56% des sondés téléphonent ou reçoivent des appels pour raisons professionnels…

 

Le travail, une recherche existentielle… au service de notre vie

im3Peut-être peut-on commencer par se poser une question a priori simple : pour quelle(s) raison(s) travaillons-nous ? A la lecture de la Bible, il semble que cela soit pour subsister : « …à la sueur de ton front tu mangeras du pain ». Pour survivre, certes… mais pas que. Bien entendu, dans certaines régions du monde, voir dans notre pays des gens se lèvent le matin pour aller gagner ce pain. Mais bien souvent, cela ne suffit pas à notre équilibre. Abraham Maslow, au travers de sa célèbre pyramide des besoins, nous a fait prendre conscience que les êtres humains viennent chercher bien d’autres choses dans le travail : relations sociales, reconnaissance, appartenance, accomplissement, … Il apparait parfaitement que cette recherche va bien au-delà d’une dichotomie entre deux sphères, la personnelle et la professionnelle. Cette recherche concerne l’ensemble de notre vie. C’est pour cette raison d’ailleurs que l’idée d’un bonheur au travail, très en vogue en ce moment, nous semble une aberration. Le bonheur est d’abord dans le pré, c’est bien connu… En tout cas, il englobe toute l’existence et ne peut se réduire à une des deux vies, personnelle ou professionnelle.

Les émotions et sentiments ne connaissent pas de frontière… Ils existent tout simplement

Je me souviens de Brigitte, une de mes collaboratrices. Elle pleurait souvent devant son ordinateur, seule face à l’écran. Un jour, je pris le temps de m’isoler avec elle. Elle ne voulut rien me dire. Elle avait des soucis personnels… sans me préciser lesquels. Pour me rassurer, elle promit de retenir ses larmes. A l’époque, j’étais jeune ingénieur, pas très à l’aise avec mes émotions, encore moins avec celles des autres… Bien entendu, le lendemain, je la retrouvais devant son PC les yeux mouillés et rougis.

im4Dans le domaine des émotions, 93% du message passe par le corps. Comment alors peut-on imaginer les masquer… Dans ce domaine, on ne peut laisser au seuil de notre bureau ce qui vient de la maison. Et réciproquement. D’un point neurologique et physiologique, c’est impossible. La porosité entre les deux champs est telle que l’un ne va pas sans l’autre. Le déséquilibre de l’un entraine souvent le déséquilibre de l’autre. Les burn-out, bore-out, brown-out ne sont alors jamais loin.

Le stress et ses conséquences sont sans frontière. Faire semblant de l’ignorer n’aide personne. Mais, aborder les sujets personnels met souvent les managers mal à l’aise. Nous sommes souvent confrontés en coaching ou en formation à la difficulté des managers de prendre en charge des pleures ou des ressentis qui de leur point de vue n’ont pas leur place au travail.

Il est donc évident, que cette idée de séparer vie personnelle et vie professionnelle est une simple vue de l’esprit. C’est une ligne de démarcation virtuelle qui peut permettre au manager de construire sa légitimité en ancrant ses interventions dans le cadre professionnel, sans empiéter sur la vie privée de ses collaborateurs.

Dans certains cas, cela peut aussi servir d’indicateur aux entreprises. Une revendication de prise en compte de la vie personnelle peut être l’expression d’un malaise. Cela peut traduire le ressenti d’une pression, un besoin de considération, ou plus largement une recherche de sens.

Dans les années à venir, l’entreprise sera de toute façon amenée à gérer une demande croissante des salariés pour que leurs aspirations personnelles soient prises en compte dans le cadre professionnel… Mais ça, ce sera le sujet de notre prochain article…

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Jean-Christophe Thibaud (jcthibaud@lectia.fr)

et

François Debly (francois.debly@5d-coaching.com)

 

Le coaching est-il condamné à disparaître ?

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Le coaching est à la mode. Désormais, Il est de bon de ton que les cadres en reconversion se lancent dans une formation de coach, comme certains devenaient recruteurs dans les années 80 & 90. Les écoles font florès, les pubs sur Internet sont là pour nous le rappeler.

Tout le monde veut sa formation diplômante : universités, école de commerce, centres privés etc… Les associations de coachs créent leurs propres certifications, dont les abréviations évoquent les noms des vaisseaux spatiaux russes et américains des années 70.

Il ne se passe pas une soirée où je croise un jeune coach, un vieux coach, un coach en devenir, un coach salarié, un coach indépendant, un coach qui voulait et maintenant qui ne veut plus…

Parallèlement, des groupes d’études se mettent en place sur la supervision, des collèges de coachs voient le jour dans différentes chapelles (PNL, AT etc…).

Et si tout ceci n’était pas finalement qu’un miroir aux alouettes ? Et si le coaching n’était pas devenu une espèce d’usine à gaz en circuit fermé, où écoles, formations de tout poil destinées aux coachs (« mieux se vendre », « apprendre à rédiger une proposition » …), certifications et autres accréditions devenaient la vraie machine à cash ? Et si, finalement, en évoluant en circuit fermé, le coaching n’était pas condamné à disparaître ?

Au-delà de la provocation, il est peut-être temps de secouer et dépoussiérer le modèle… Il ne faudrait pas qu’il implose, après avoir dégradé son image auprès de ses clients (entreprises, particuliers) et de ceux qui souhaitent embrasser ce magnifique métier.

Car qu’est ce qui fait la valeur d’un coach ? Ses outils ? Sa certification ? Son diplôme ? Son âge ? L’école… ?

Mieux que coach… créez une école de coaching !!!

coachingConcernant les écoles et les formations, rappelons-nous que certains de nos anciens, n’ont fréquenté aucune école de coaching. Leurs voies étaient variées. Certains venaient de l’analyse transactionnelle, d’autres étaient psy, d’autres s’étaient formés à la force du poignet après une expérience en entreprise… Ils sont même parfois devenus nos superviseurs… Qui oserait leur demander s’ils ont suivi une formation dans une école de coaching ?

Leur exemple tendrait donc à démontrer que la question n’est pas de savoir s’il faut que j’ai un diplôme de coach, mais plutôt quel est mon degré d’expérience et de maturité…

Les temps changent… les missions de coaching aussi !

Le coaching du XXième siècle est-il celui du XXIième ?. En effet, on voit apparaître dans les cas qui nous sont soumis, des problématiques inconnues il y a moins de 10 ans. Les pathologies en « out » (« burn-out », « brown-out », « bore-out »), la quête de sens, l’épuisement professionnel, l’ennui, l’absurdité de certaines tâches, la rapidité, les changements radicaux… impactent une bonne partie des situations de coaching. L’évolution des pratiques managériales (de l’autoritarisme à l’autonomie des individus) et des organisations (modèle « libéré », par exemple) révolutionnent le monde de l’entreprise. En conséquence, peut-on continuer à coacher comme grand-papa ?

Descartes est mort… a-t-on pris le temps d’en parler aux coachs ?

 descartesLes progrès en matière de connaissance du cerveau, la montée en puissance des concepts d’intelligence émotionnelle, le développement de la pleine conscience, liée aux travaux de Jon Kabat-Zinn et de Christophe André en France, doivent nous forcer à nous remettre en cause.

Ces deux dernières années nous avons trouvé davantage de réponses dans la pratique de la méditation, du taïchi et du yoga que dans tous les livres que nous avons accumulés dans nos bibliothèques depuis 10 ans… Le coaching se rapproche d’un art martial. Laisser faire, laisser aller en prenant soin des trois ingrédients de base : le corps, l’esprit, l’espace… Et dans cet espace, les émotions du coach et du coaché se répondent et deviennent les ferments de la relation, une alchimie bénéfique au coaché.

John Witmore doit se retourner dans sa tombe…

 indexJohn Whitmore, un des inventeurs du coaching pour ne pas dire l’inventeur, était bien moins dogmatique et outillé que nous. Son expérience était avant tout fondé sur des pratiques personnelles tant dans le monde de la compétition sportive, que dans celui des affaires et de la préparation mentale. Avant lui, Dale Carnegie, hauteur du mondialement célèbre, « Comment se faire des amis », avait aussi inventé de manière empirique une forme d’accompagnement basée sur le bon sens et l’observation.

L’évolution du coaching sur les vingt dernières années ne s’est-elle pas faite au détriment du pragmatisme ? Nous avons perdu en simplicité ce que nous avons gagné en outils… La raison a occupé tout l’espace du cœur. Un petit coup d’œil sur le fronton du temple de Delphes devrait nous remettre en tête le vieil adage : « Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les Dieux ».

Les entreprises veulent-elles encore des coachs ?

A dire vrai, le coaching est déjà en train d’évoluer sous la pression des clients. Ces derniers ne sont plus prêts à payer pour des missions interminables. Le temps où l’on partait pour des missions de 12 mois, de 30h de coaching parait révolu. L’époque est à la recherche d’une plus grande efficacité, plus rapidement.

Dans ces conditions, quel est l’avenir du coaching ? Dans d’interminables processus de certifications ? Dans l’achat de plus en plus coûteux d’outils au marketing irréprochable ? Dans l’investissement sur des formations « bankables » ?

De la charrette au Coche… Suivons l’exemple des charrons de Kocs…

 cocheL’origine du mot coach devrait pouvoir nous inspirer. Kocs est un village de moins de 3 000 habitants à quelques kilomètres de Budapest. Au XVième siècle, ses « charrons » ont été particulièrement inventifs. En effet, ils ont produit un véhicule hippomobile révolutionnaire par ses ressorts en acier pour amortir les chocs. Leur nouvelle «  kocsi szekér » s’est répandu dans toute l’Europe. De Kocs, son nom est devenu Coche pour finalement donner « coach ».

Alors n’est-ce pas le moment de nous montrer aussi inventifs et pragmatiques que les charrons du petit village de Kocs ?

Le coach de demain se doit d’être proche du terrain, ouvert aux neurosciences, à l’écoute autant du cœur que de la raison. Il aura entrepris un travail personnel approfondi, convaincu que pour connaître les autres, il faut d’abord se connaitre sois même… Une identité à redéfinir ?

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Jean-Christophe Thibaud (jcthibaud@lectia.fr)

et

François Debly (francois.debly@5d-coaching.com)