Le coaching est-il condamné à disparaître ?

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Le coaching est à la mode. Désormais, Il est de bon de ton que les cadres en reconversion se lancent dans une formation de coach, comme certains devenaient recruteurs dans les années 80 & 90. Les écoles font florès, les pubs sur Internet sont là pour nous le rappeler.

Tout le monde veut sa formation diplômante : universités, école de commerce, centres privés etc… Les associations de coachs créent leurs propres certifications, dont les abréviations évoquent les noms des vaisseaux spatiaux russes et américains des années 70.

Il ne se passe pas une soirée où je croise un jeune coach, un vieux coach, un coach en devenir, un coach salarié, un coach indépendant, un coach qui voulait et maintenant qui ne veut plus…

Parallèlement, des groupes d’études se mettent en place sur la supervision, des collèges de coachs voient le jour dans différentes chapelles (PNL, AT etc…).

Et si tout ceci n’était pas finalement qu’un miroir aux alouettes ? Et si le coaching n’était pas devenu une espèce d’usine à gaz en circuit fermé, où écoles, formations de tout poil destinées aux coachs (« mieux se vendre », « apprendre à rédiger une proposition » …), certifications et autres accréditions devenaient la vraie machine à cash ? Et si, finalement, en évoluant en circuit fermé, le coaching n’était pas condamné à disparaître ?

Au-delà de la provocation, il est peut-être temps de secouer et dépoussiérer le modèle… Il ne faudrait pas qu’il implose, après avoir dégradé son image auprès de ses clients (entreprises, particuliers) et de ceux qui souhaitent embrasser ce magnifique métier.

Car qu’est ce qui fait la valeur d’un coach ? Ses outils ? Sa certification ? Son diplôme ? Son âge ? L’école… ?

Mieux que coach… créez une école de coaching !!!

coachingConcernant les écoles et les formations, rappelons-nous que certains de nos anciens, n’ont fréquenté aucune école de coaching. Leurs voies étaient variées. Certains venaient de l’analyse transactionnelle, d’autres étaient psy, d’autres s’étaient formés à la force du poignet après une expérience en entreprise… Ils sont même parfois devenus nos superviseurs… Qui oserait leur demander s’ils ont suivi une formation dans une école de coaching ?

Leur exemple tendrait donc à démontrer que la question n’est pas de savoir s’il faut que j’ai un diplôme de coach, mais plutôt quel est mon degré d’expérience et de maturité…

Les temps changent… les missions de coaching aussi !

Le coaching du XXième siècle est-il celui du XXIième ?. En effet, on voit apparaître dans les cas qui nous sont soumis, des problématiques inconnues il y a moins de 10 ans. Les pathologies en « out » (« burn-out », « brown-out », « bore-out »), la quête de sens, l’épuisement professionnel, l’ennui, l’absurdité de certaines tâches, la rapidité, les changements radicaux… impactent une bonne partie des situations de coaching. L’évolution des pratiques managériales (de l’autoritarisme à l’autonomie des individus) et des organisations (modèle « libéré », par exemple) révolutionnent le monde de l’entreprise. En conséquence, peut-on continuer à coacher comme grand-papa ?

Descartes est mort… a-t-on pris le temps d’en parler aux coachs ?

 descartesLes progrès en matière de connaissance du cerveau, la montée en puissance des concepts d’intelligence émotionnelle, le développement de la pleine conscience, liée aux travaux de Jon Kabat-Zinn et de Christophe André en France, doivent nous forcer à nous remettre en cause.

Ces deux dernières années nous avons trouvé davantage de réponses dans la pratique de la méditation, du taïchi et du yoga que dans tous les livres que nous avons accumulés dans nos bibliothèques depuis 10 ans… Le coaching se rapproche d’un art martial. Laisser faire, laisser aller en prenant soin des trois ingrédients de base : le corps, l’esprit, l’espace… Et dans cet espace, les émotions du coach et du coaché se répondent et deviennent les ferments de la relation, une alchimie bénéfique au coaché.

John Witmore doit se retourner dans sa tombe…

 indexJohn Whitmore, un des inventeurs du coaching pour ne pas dire l’inventeur, était bien moins dogmatique et outillé que nous. Son expérience était avant tout fondé sur des pratiques personnelles tant dans le monde de la compétition sportive, que dans celui des affaires et de la préparation mentale. Avant lui, Dale Carnegie, hauteur du mondialement célèbre, « Comment se faire des amis », avait aussi inventé de manière empirique une forme d’accompagnement basée sur le bon sens et l’observation.

L’évolution du coaching sur les vingt dernières années ne s’est-elle pas faite au détriment du pragmatisme ? Nous avons perdu en simplicité ce que nous avons gagné en outils… La raison a occupé tout l’espace du cœur. Un petit coup d’œil sur le fronton du temple de Delphes devrait nous remettre en tête le vieil adage : « Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’univers et les Dieux ».

Les entreprises veulent-elles encore des coachs ?

A dire vrai, le coaching est déjà en train d’évoluer sous la pression des clients. Ces derniers ne sont plus prêts à payer pour des missions interminables. Le temps où l’on partait pour des missions de 12 mois, de 30h de coaching parait révolu. L’époque est à la recherche d’une plus grande efficacité, plus rapidement.

Dans ces conditions, quel est l’avenir du coaching ? Dans d’interminables processus de certifications ? Dans l’achat de plus en plus coûteux d’outils au marketing irréprochable ? Dans l’investissement sur des formations « bankables » ?

De la charrette au Coche… Suivons l’exemple des charrons de Kocs…

 cocheL’origine du mot coach devrait pouvoir nous inspirer. Kocs est un village de moins de 3 000 habitants à quelques kilomètres de Budapest. Au XVième siècle, ses « charrons » ont été particulièrement inventifs. En effet, ils ont produit un véhicule hippomobile révolutionnaire par ses ressorts en acier pour amortir les chocs. Leur nouvelle «  kocsi szekér » s’est répandu dans toute l’Europe. De Kocs, son nom est devenu Coche pour finalement donner « coach ».

Alors n’est-ce pas le moment de nous montrer aussi inventifs et pragmatiques que les charrons du petit village de Kocs ?

Le coach de demain se doit d’être proche du terrain, ouvert aux neurosciences, à l’écoute autant du cœur que de la raison. Il aura entrepris un travail personnel approfondi, convaincu que pour connaître les autres, il faut d’abord se connaitre sois même… Une identité à redéfinir ?

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Jean-Christophe Thibaud (jcthibaud@lectia.fr)

et

François Debly (francois.debly@5d-coaching.com)