Archives mensuelles : octobre 2016

La créativité ne tient qu’à un zeste…

teteaucarre1 En 1623, Maciej Kazimierz Sarbiewski, poète polonais, emploie le mot « artifex » pour distinguer la création de dieu, acte divin, de la création propre à l’homme. C’est ainsi que l’être humain se voit reconnaître une caractéristique qui le transcende, faisant pratiquement de lui l’égal des dieux. La créativité serait donc de l’ordre du don… Le mot lui-même « creativity » est d’origine plus prosaïque. Il né aux USA à la fin des années 30. Il s’apparente alors à des recherches pouvant dégager de nouvelles solutions…

Pendant des années on a tenté de mettre la créativité en bouteille… En effet, avec la révolution industrielle, le monde économique a bien perçu l’intérêt de la petite étincelle qui peut faire toute la différence. Les chercheurs ont ainsi inventé différentes techniques pour s’accaparer la fée clochette : le « mind mapping » (schéma heuristique) de Tony Buzan (1973), le « benchmark » (approche rationnelle) de Gerid Atschuller (1984), la « pensée latérale » d’Edward de Bono (1985), etc…

Mais au-delà de toutes ces méthodes, il semble que la créativité soit d’abord un état d’esprit, une manière d’envisager son environnement… Et comme la créativité est un élément déterminant pour créer des nouveaux cocktails, nous avons pris le parti d’interroger un barman de nos connaissances pour nous en dire un peu plus sur le sujet…

 

Un zeste de « non-jugement »

Le jugement annihile l’enchaînement des idées, propre au processus créatif. En effet, une très bonne idée peut être comparée à une brique qui reposerait au sommet d’un empilement instable de passables, voire franchement de mauvaises idées… Pourtant si une seule de ces briques avait été jugée inutile, la très bonne idée ne reposerait pas au sommet de la pile…

Le conseil du barman : gardez -vous bien de critiquer à tout va les propos des membres de votre équipe, de vos collaborateurs… au contraire incitez les à exprimer leurs idées même si elles sont différentes des vôtres !!!

teteaucarre3Un zeste de confiance

C’est l’ingrédient de base de ce cocktail. Un de ses composants le plus présent est l’écoute. C’est elle qui favorise l’expression et la verbalisation des idées. La confiance se construit avec le temps mais peut-très vite être balayée… Elle rime avec confidentialité…

Le conseil du barman : Portez un regard positif sur votre entourage. N’hésitez pas à déléguer à chaque fois que vous le pouvez. La confiance se prouve plus qu’elle ne se décrète…

 

Un zeste de persévérance

La persévérance est la mère de la résilience. Elle repose notamment sur la croyance que les échecs sont temporaires. Ils ne présagent pas de l’avenir. Il est évidemment possible de se perfectionner.

Le conseil du barman : Traitez les échecs de manière positive. Imaginez immédiatement le scénario qui aurait permis de l’éviter et surtout demandez-vous ce que cet échec vous a apporté…

Un zeste d’ouverture

C’est toujours à l’extérieur que se trouve la solution… Ce sont les personnes les plus éloignées qui sont le plus susceptible de vous apporter des idées neuves. Et comme dit le Comte Dracula, dans le roman de Bram Stocker : « Ce que nous connaissons nous empêche de connaître ce que nous ne connaissons pas ». L’excès de bagages peut freiner l’élan de la créativité. Votre degré d’ouverture sera donc lié à votre capacité à travailler avec des personnes différentes, voire franchement décalées…

Le conseil du barman : Votre équipe marketing a un problème pour trouver un nouveau slogan ? Composez un petit groupe avec des techniciens, des commerciaux et mettez-y votre nièce et votre grand-mère… Comme disait Einstein, « vous ne pouvez jamais résoudre un problème en restant au niveau où il a été créé ».

Un zeste d’intuition

« La créativité consiste juste à relier les choses entre elles. Si vous demandez à des gens créatifs comment ils ont fait quelque chose, ils se sentent un peu coupable parce qu’ils ne l’ont pas vraiment fait, ils ont juste vu quelque chose qu’il leur a semblé évident au bout d’un moment ». Steve Jobs

Au pays de Descartes, c’est certainement l’ingrédient le plus difficile à incorporer dans votre cocktail. Elle est mal considérée et a rarement le droit de citer officiellement. Elle est pourtant la résultante de tous les autres ingrédients : non-jugement, confiance, résilience et ouverture… Comme dirait Michel Giffard c’est une porte d’accès au « cloud » et à notre inconscient. Alors, pourquoi alors s’en priver ?

Le conseil du barman : Ecoutez votre petite voix… vous savez celle qui surgit alors que vous ne vous y attendez pas. Et surtout gardez-vous de la juger… L’intuition est une fée qui est très pudique. Elle supporte difficilement le regard des autres…

 

Pour conclure…

La créativité individuelle a été “modélisée”, c’est-à-dire que ses mécanismes ont été analysés chez de grands génies créatifs, et rendus reproductibles : Einstein, Nietzsche, Disney, …

Et il s’avère que certains éléments sont partagés par tous :

  • Dans un premier temps, se focaliser sur le problème, en faire le tour, s’en imprégner.
  • Puis, lorsque vous avez l’impression de « tourner en rond », tout lâcher, faire autre chose de distrayant, voire ludique (la sieste de Newton, le bain d’Archimède, …).
  • Et enfin, se mettre en état de passivité et attendre que la solution vienne…

En entreprise, la créativité doit s’envisager à l’échelle du collectif. Rien de telle que la puissance d’une somme d’individus pour trouver des solutions, et surtout si cette somme est hétéroclite (en y incorporant ma nièce et ma grand-mère par exemple).

 

teteaucarre2Mais dans ce contexte de l’entreprise, même si le jeu est une composante de la créativité, le “je” lui doit s’effacer. L’ego doit se dissoudre dans le groupe, sous peine d’anarchie. Un cadre est donc alors absolument nécessaire à un processus de créativité efficient.

Par exemple, imaginez un comité de direction, comme beaucoup d’autres ailleurs, siège de guerres de territoires et d’egos… Un comité directeur peu innovant, peu efficace, et des directeurs peu impliqués… Pour dynamiser ces communautés et en tirer le meilleur parti, nous vous proposons d’essayer notre méthode B&C. Elle se déroule en silence, cadrée pour éviter les jeux psychologiques, tout en favorisant la fertilisation croisée des idées…

 

Vous êtes intrigué(e) ? Alors contactez-nous… (06 84 95 87 34 ou 06 13 50 79 69).

PS : Cet article est le résultat d’un travail collaboratif entre Jérome Rebière-Desveaux, dit « Tête au Carré » pour les illustrations, Jean-Christophe Thibaud et François Debly.

 

Osez le coaching

Mathieu est manager d’une équipe de 6 personnes depuis bientôt 5 ans. Son N+1 est content de son travail. Mathieu remplit parfaitement ses objectifs et ses collaborateurs sont parfaitement épanouis. Mathieu bénéficie donc d’une promotion. On élargit son périmètre managérial. Désormais il va gérer 14 personnes et son budget est multiplié par 2. Mais au bout de quelques mois Mathieu se sent de plus en plus fatigué. Il travaille davantage. Il est confronté à une personnalité difficile au sein de son équipe. Et face à des objectifs très (trop) ambitieux de la direction, la motivation d’une partie de son équipe est en berne. Sur le conseil de son N+1, il prend rendez-vous avec son Responsable Ressources Humaines de proximité. Mathieu exprime ses difficultés, sa fatigue et sa nostalgie de son ancien poste, celui où il connaissait le succès… La réponse des ressources humaines intervient sous forme de mail. Afin de l’aider, on lui propose, avec une dizaine d’autres collègues, de participer à une énième formation de deux jours dont l’intitulé est : « Les outils du manager » … Mathieu connait bien ces formations. Entre mises en situation et cafés, il se verra proposer des outils et méthodes dont ses classeurs sont déjà pleins…

attachment-1Mathieu souhaite « simplement » comme d’autres managers : définir ses forces et ses faiblesses, optimiser la performance de son équipe, augmenter sa confiance en soi, pourquoi pas améliorer au passage son équilibre entre vie personnelle et vie professionnelle (étude ICF/ PWC 2014)… Bref il veut du sur-mesure. En parcourant Internet, et en discutant avec certains collègues, il s’aperçoit que le coaching répondrait parfaitement à ses besoins…

Suivant la définition de l’International Coaching Federation (ICF), « Le coaching est à la fois une relation de partenariat avec des clients et un processus créatif qui les inspirent et les incitent à maximiser leur potentiel personnel et professionnel ».

Etablir une relation de partenariat

Dans un monde complexe, en perpétuel mouvement, Mathieu et son employeur sont confrontées à des changements imprévisibles, rapides et renouvelés. Plus rien n’est certain, la gestion porte désormais sur l’incertitude. Les hommes, les équipes et les structures n’ont pas le choix. Ils sont condamnés à suivre. Ils doivent évoluer constamment et rapidement pour affronter ces bouleversements et en tirer le meilleur. C’est une question de survie.

C’est dans ce cadre que le coach intervient. Le coach n’a pas un client, mais deux. Il travaille pour l’entreprise qui le paie et il accompagne Mathieu qui l’a choisi parmi d’autres coachs. A travers le développement personnel de Mathieu, le coach vise aussi un résultat opérationnel au service de la société qui fait appel à ses services. Il permet une mobilisation des énergies pour conjuguer économique et Humain, dans un environnement fortement instable. Outil d’enrichissement managérial, il favorise la cohésion, la pacification des conflits, bref une orientation commune entre entreprise et collaborateurs, au-delà des divergences.

Mettre en place un processus créatif

Le coach va guider, dynamiser, clarifier, éclairer, fertiliser, cadrer… Il n’impose rien à Mathieu, il propose et formule des hypothèses. Il aide à décrypter les situations. Il favorise l’émergence des idées chez son client. Centré sur Mathieu, il lui permet de s’appuyer sur ses « soft skills », de l’aider à développer ceux dont elle aurait besoin. Il travaille à l’autonomie de sa pensée et de ses actes.

« Si tu donnes un poisson à un homme, il mangera un jour. Si tu lui apprends à pêcher, il mangera toujours » (Lao Tseu).

Voilà la philosophie du coaching : apprendre à planter le bambou pour fabriquer la canne à pêche, creuser le sol pour trouver le ver pour mettre sur l’hameçon. Jamais ne donner le poisson comme le ferait un formateur ou un consultant (ils sont indispensables lorsqu’on a faim et pas le temps de fabriquer une canne à pêche !!!).

Maximiser le potentiel personnel et professionnel 

Si le processus déroulé par le coach n’était qu’un processus, alors un robot pourrait s’en charger. Or, ce processus est « créatif ». Le coach, en lien avec Mathieu, conçoit, élabore, invente, imagine… à partir de ses outils, de ses connaissances, souvent de son intuition, le chemin vers l’objectif. Il invite Mathieu à se dépasser, à sortir de ses limites, à explorer des nouvelles hypothèses. Chaque pas est une nouvelle expérience. Dans le respect et la bienveillance, tout est bon pour progresser vers l’arrivée.

Bien entendu, le coach s’est engagé contractuellement vis-à-vis de l’entreprise. Il a signé avec Mathieu et son employeur une feuille de route. Les objectifs ont été élaborés sous l’impulsion de Mathieu et validés par son manager.

Et pour en finir avec quelques idées reçues…

Voici quelques extraits des propos du coach lors de sa première rencontre avec Mathieu…

« Coach n’est pas un terme d’origine anglo-saxonne. Il est dérivé du français «coche » qui désignait une grande voiture tirée par des chevaux. Comme le coach moderne qui accompagne d’une situation à une autre, elle emmenait des voyageurs d’une destination à l’autre… »

« Le coaching n’est ni une thérapie, ni une psychanalyse. Il n’entre pas dans le champ du passé de la personne. Il s’exerce à partir de situations présentes, ici et maintenant, pour construire le futur. »

« Le coaching est bien loin de l’image donnée par les émissions de TV réalité. Ce n’est ni un exercice de « relooking », ni une auto flagellation en public. Le coach n’est pas un confesseur et il n’absout rien. Il est soumis à une déontologie stricte, représentée par des organismes tel que « l’International Coach Federation » (ICF), l’ « EMCC » ou la « SFCoach ». »

 Ressources :

Etude ICF 2014 http://www.coachfederation.fr/index.php?option=com_k2&view=item&id=715:etude-icf-2014-notoriete-du-coaching&Itemid=1167

 

PS: cet article est le résultat d’un travail collectif entre Jean-Christophe Thibaud, Jérome Rebière-Desveaux « Tête au carré » pour les illustrations, et François Debly…

Le coach, le coaché, le tableau et la pépite…

Souvent, le coaching consiste simplement à révéler au grand jour le ou les talents cachés de la personne accompagnée. On parle parfois du prince qui sommeille dans la grenouille, en ce qui me concerne, je préfère l’image de la pépite d’or. La pépite existait bien avant l’intervention du chercheur d’or. Ce dernier s’est simplement contenté de la faire remonter à la surface, à la lumière du soleil. Oui, le coach est parfois ce simple orpailleur dont la seule qualité est de savoir manier la trémie et de sentir le bon filon. Certains appellent ça l’intuition… Un coaching achevé aujourd’hui m’a remis face à cette vérité élémentaire.

HL est passé cadre il y-a quelques mois. Il travaille pour une importante société de services de la région parisienne. Il manage une trentaine de collaborateurs, répartis sur plusieurs sites. C’est un homme souriant et très courtois. Respectueux des conventions, des processus, il est animé par une forte conscience professionnelle. Son coaching est lié à sa promotion, et je suis proposé pour l’accompagner.

Dès notre premier rendez-vous apparaissent des éléments qui entravent la fluidité de la communication de HL. Il hésite parfois et, peut avoir, en fonction des circonstances et des enjeux, des difficultés à aller à l’essentiel. Il s’engage alors dans des circonvolutions qui nuisent à l’efficacité du propos, éprouvant aussi la patience de ses interlocuteurs. A l’évidence, HL manque de confiance et d’affirmation de soi. Le contrat est passé sur la base de ce constat initial.

Comme je procède souvent dans mes premiers échanges avec les personnes que j’accompagne, nous abordons avec HL le sujet des loisirs et de ce qui l’occupe en dehors de son travail. D’expérience, je sais que l’on apprend beaucoup d’un manager lorsqu’on l’éloigne du discours convenu sur ses missions, ou de l’entreprise dans laquelle il évolue…

HL me confie sa passion pour la peinture. Il consacre à ce qui n’est plus seulement un simple passe-temps, une bonne partie de ses loisirs, et ce, depuis de nombreuses années. Dès que possible, il peint partout, à l’extérieur, chez lui, en vacances, le we… Je suis impressionné par la passion qui l’anime, par sa conviction et son dynamisme lorsqu’il parle couleurs, chevalet, toile, acrylique, huile… Je lui demande alors de venir avec quelques photos de ses toiles à notre prochain rendez-vous. Il accède à ma demande et me fait même le cadeau d’apporter une de ses œuvres lors de la troisième rencontre. Une fois de plus, il m’exprime avec un enthousiasme contagieux la difficulté et le plaisir qu’il a eu à capter sur sa toile le rayon de soleil qui effleurait la surface de l’eau et des toits dans le port de Honfleur…

A l’évidence, il n’a plus de problème de confiance lorsqu’il parle de cette passion. Il ne souffre plus d’hésitations lorsqu’il justifie le choix de ses couleurs. Il va à l’essentiel lorsqu’il évoque ses engagements d’artiste. Je ne résiste donc pas à mon intuition d’orpailleur et je lui propose de se servir de sa peinture comme fil conducteur de notre travail… Pour reprendre un précepte développé par Claudine, ma formatrice en MBSR :

« Rien n’est à créer, rien n’est à inventer, tout est là… ».

Comme vous l’avez sans doute compris, HL se révèle sûr de lui lorsqu’il endosse ses habits de peintre. Il est confiant dans son trait, soucieux du geste précis et efficace. Il va à droit au but. Il est en maitrise de son art. Fort de ce constat, je lui propose de réaliser une toile pour illustrer les changements qui vont intervenir dans le cadre du processus initié par l’accompagnement. Il accepte sans hésiter.

A chaque rendez-vous, cette peinture sera le prétexte et le support pour faire un point sur ses propres avancées en tant que manager. Il viendra avec les premières esquisses de son travail qui seront autant de projections de ses hésitations, de ses peurs et de ses envies …

HL va intégrer les changements sur la toile et dans sa posture de peintre. Il va se donner l’autorisation d’aborder un autre style, plus fluide, plus dynamique, dans le mouvement et dans une profusion de couleurs de plus en plus variées. Au début de nos séances, il a tendance à reproduire ce que d’autres ont déjà produit dans la représentation de natures mortes et des paysages. Progressivement, il évolue vers une peinture plus personnelle, plus abstraite et bientôt riche de symboles. Tout ce travail sous-terrain, en profondeur, s’exprime bientôt sur des toiles bien plus grandes que celles sur lesquelles il peint habituellement. Tout se passe comme si HL s’était mis en mouvement, avec une autorisation implicite à peindre autrement, à s’affirmer personnellement. Cette mise-en-œuvre lui permet de développer un processus parallèle, en lien avec ses objectifs de coaching. Il va oser poser sa parole dans la relation, prendre confiance en ses moyens d’expressions. Son discours se déleste de toutes ses hésitations et se déploie plus direct et plus clair.

Aujourd’hui s’est tenu notre dernier rendez-vous en présence de son manager. Un des tableaux de HL trônait en bonne place. Il est intitulé, sans surprise, « Changement ». Avec lui, le peintre est allé à la rencontre du manager. Les changements initiés par la peinture ont pris corps.

En conclusion, cette toile, est devenue le véritable contrat du coaching. Elle a resserré l’alliance entre le coaché et le coach. Elle a donné de nombreuses autorisations au coaché. Elle a permis de garder une trace durable et concrète du travail accompli. Elle a démontré une fois de plus que la pépite d’or n’était pas loin et qu’il en fallait peu pour qu’elle brille au soleil de tout son éclat.

Et comme souvent dans le travail d’accompagnement, le coaché m’a donné une belle leçon de coaching !!! Merci à toi HL…