Je ne peux pas voir les émotions en peinture… sauf « Le désespéré »

courbet

Correspondance de Gustave Courbet (entre réel et imaginaire)

« Avec ce masque riant que vous me connaissez, je cache à l’intérieur le chagrin, l’amertume, et une tristesse qui s’attache au cœur comme un vampire », écrivait Courbet lui-même, en 1854 à son mécène Alfred Bruyas.

Mon cher Alfred, ma peinture est le reflet de mon âme. Plus qu’un miroir elle est le réceptacle de mes émotions les plus intimes…. La peur, la colère, la tristesse passent de l’état d’humeur diffuse à celui de réalité physique. Je les traduis dans leurs excès: bouche tordue, pupille dilatée, teint pale, contraction de la machoire… Sans mon pinceau et ma toile je deviendrais fou. Ma raison ne résisterait pas aux coups de boutoir de ces tensions intérieures: estomac vrillé, coeur emballé au bord de l’explosion, poings serrés à faire blanchir mes phallanges… Vois-tu, je pense que mon pinceau est un couteau et ma toile la chair d’une victime expiatoire. Mes émotions sont les couleurs dans lesquelles je plonge mon pinceau”.

N’a jamais été écrit par Courbet, mais aurait pu l’être…

 

Sud-ouest de la France, XXIième siècle

La folie me guette. Je me surprends à me toucher les cheveux et la tête pour rester en contact avec moi-même. Ces yeux, ses yeux me fascinent et me vident de mon énergie. Je suis prêt à basculer dans le néant, l’incontrôle, le vide…

Et puis, prenant mon courage à deux mains, je le fixe, bravement. Il se décompose, ses yeux sont baissés, sa bouche exprime de la mélancolie. J’éprouve de la tristesse melangée à un sentiment de malaise. Il ne va pas bien, lui. Moi, finalement, ça va.

La folie, c’est sa folie. Maintenant je m’inquiète pour lui. Que va-t-il faire dans ce mouvement des bras, un coude en avant, un coude en arrière ? Je m’inquiète et je me sens impuissant à l’aider tellement sa détresse semble paroxystique.

Après tout, peut-être que je me trompe. Peut-être ne fait-il que se regarder dans un miroir à vouloir changer sa couleur de cheveux… Non, ce trait d’humour n’enlève pas l’effroi que je ressens. Je frissonne. Je le quitte.

 

Jean-Christophe Thibaud (jcthibaud@lectia.fr)

et

François Debly (francois.debly@5d-coaching.com)