Un bon manager doit-il tuer son père… et son coach ?

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Une injonction paradoxale de mon grand-père a beaucoup contribué à ma construction personnelle : « Les conseils ne sont pas faits pour être écoutés ! ».

En y réfléchissant bien cela revient à s’inspirer de l’un des piliers de la psychanalyse freudienne : il faudrait tuer le père pour se réaliser pleinement… Appliqué au monde de l’entreprise, cela représenterait beaucoup de cadavres : les chefs, les pairs, les consultants, les formateurs… et les coachs. Bref, tous ceux qui s’acharnent à vous expliquer quel manager vous devriez être !

Ça y est, c’est le jour J. Vous avez été promu nouveau boss de la direction informatique. Vous avez changé de bureau, reçu de nombreuses poignées de mains. On est venu vous proposer un catalogue pour choisir votre nouvelle voiture de fonction. Mais, c’est juré, vous garderez vos valeurs ! Sincérité, humanité, solidarité, professionnalisme… tout restera identique !

Mais n’êtes-vous pas en train de vous mentir ? Chacun hiérarchise inconsciemment sa structure de valeurs en fonction de nombreux paramètres et circonstances : environnement, enjeux, objectifs, attentes et regards des autres. Ainsi, il est possible qu’un management social et humaniste ne passe pas auprès de votre hiérarchie. Qu’à cela ne tienne, par la fenêtre vos belles valeurs !!! C’est l’autorité, la contrainte, l’ambition qui prendront le dessus… Et puis, vous avez des mentors, ces fameux modèles qui doivent vous inspirer. Maintenant que vous appartenez au club fermé des « tops managers », vous cherchez à les imiter. “Un manager, ça doit être ferme”, et hop, vous venez de basculer dans la rigidité… “un manager ne fait pas de sentiment”, et hop vous voilà dans la froideur, …

N’est-il pas enfin temps de prendre votre place, de retrouver votre bon sens, de vous connecter aux ressources qui ont toujours été là… sans être obligé de tuer votre père, vos pairs, votre coach ou les rédacteurs de cet article ?

Les « hard skills » sont morts… vive les « soft skills » !!!

management-et-autoriteA la fin des années 80, sous l’influence anglo-saxonne, les KPI (Key Performance Indicators) sont venus traduire l’efficacité des processus RH. Le management s’est doté de tableaux de bord, un tantinet froid et déshumanisé.

Dans les années 90, le manager est devenu un chef plénipotentiaire. Il dit… on exécute. On ne lui demande pas de faire dans l’humain… On exige de lui des résultats. A lui de se débrouiller pour les obtenir de ses équipes…

Et puis, patatras, à la fin du XXeme siècle, Vincent Lenhardt (initiateur du coaching en France) développe les premières formations de coachs. Il publie « Les responsables porteurs de sens ». Le manager doit se mettre à cultiver des valeurs, apprendre à communiquer avec ses équipes, délivrer des strokes (de la reconnaissance) … Bref, travailler sur lui.

Au début du XXIème siècle, un certain nombre de prophètes l’ont affirmé : « te doter de l’intelligence émotionnelle tu devras, des soft skills tu cultiveras, les conseils de ton formateur tu suivras, un coach tu adopteras… ».

Ces nouvelles paraboles du manager moderne ne vont-t-elles pas finir par tuer le naturel ? Ne faut-il pas, de temps à autre, laisser celui-ci revenir au galop ?

Jeanne d’Arc, Napoléon, de Gaulle, Beethoven… et Rockefeller n’avaient pas de coachs…

degaulleSi Jeanne d’Arc avait eu recours à un coach ou un thérapeute, il y a de fortes chances pour qu’elle ne soit jamais devenue le personnage historique que l’on connait. Un coach lui aurait expliqué que de bonnes intentions ne suffisent pas pour convaincre un roi et bouter les anglais hors de France… et son thérapeute lui aurait certainement prescrit quelques calmants et antidépresseurs.

Si de Gaulle avait pris l’avis d’un consultant le 18 juin 40, ce dernier lui aurait déclaré que la prise de parole ne s’improvise pas et que c’est une affaire de professionnels … et que l’indice Médiamétrie de la BBC n’était pas très favorable en ce mois de juin 40 pour une diffusion de grande écoute.

Les grands Hommes et les grands leaders se sont souvent débrouillés tout seul dans le passé. Certes ils avaient quelques conseillers occultes, mais ils faisaient surtout confiance à leur instinct et leur intuition. Qui parfois leur a manqué… Les eaux de la Bérézina s’en souviennent encore…

 

Alors managez comme vous êtes

A l’image de ces managers des temps anciens, les managers contemporains n’ont-ils pas seulement besoin de récupérer peu de bon sens (même si celui-ci n’est pas forcément la chose la mieux partagée…) ? De se dire de temps en temps : « Et si je traitais et considérais les autres comme j’aimerais être traité et considéré ? ».

A ce propos, je me souviens de mon entraineur de hand-ball. Il nous disait toujours : « il y a 5 expressions magiques : bonjour, excuses-moi, s’il te plait, merci, au revoir ».

Ne faudrait-il pas de temps en temps tout balancer ? Ne plus subir les dictats des « sachants », s’appuyer sur son expérience, sentir et ressentir. Se rappeler qu’au fond de nous-même, notre instinct est certainement la banque de données la plus riche qui soit…

Alors, ne jetez pas vos mentors, vos consultants, vos formateurs, vos pairs et vos coachs avec l’eau du bain… mais souvenez-vous de cette parole de bon sens : « Les conseils ne sont pas faits pour être écoutés… ». Ils ne sont que des pistes de réflexion, pas des notices d’utilisation.

C’est vers votre autonomie qu’il faut tendre, et de ce point de vue un bon coach peut vous y aider… un grand-père et un entraineur de hand-ball aussi.

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Jean-Christophe Thibaud (jcthibaud@lectia.fr)

et

François Debly (francois.debly@5d-coaching.com)

Activité mentale : attention à la surcharge !

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Lors d’un précédent article (« Vie professionnelle, vie privée : divorce ou nuit de noces »), nous avions mis en avant que d’un point de vue neurologique il n’existe pas de frontière entre vie professionnelle et vie personnelle : « …on ne peut laisser au seuil de notre bureau ce qui vient de la maison. Et réciproquement. » En fait, la charge mentale, le temps d’occupation du processeur qu’est notre cerveau, représente l’accumulation des tâches et ennuis de ces deux univers. Elle représente l’ensemble des opérations « mentales », des pensées liées à des faits réelles ou imaginaires, et les sentiments et émotions qui y sont attachés. Cette charge mentale peut très vite se transformer en « surcharge ».

super momCette dernière touche plus facilement les femmes que les hommes… et pas pour des raisons de constitution (n’est-ce pas les machos…). En effet, de nos jours, ce sont encore les femmes qui planifient et organisent la sphère privée. Les hommes sont souvent de simples exécutants…

Prenons l’exemple de Sabine, cadre du service sinistres dans une société d’assurance. Ce matin, elle arrive au bureau. Ses épaules sont voutées, elle a des hombres sous les yeux et aucun sourire à offrir à ses collègues. Certaines mauvaises langues diraient même qu’elle fait un peu la tête…

Kevin, son manager, n’a pas vraiment perçu ces signaux non-verbaux. De toute façon, il n’est pas psychologue pour deux sous… Lors de sa “tournée” matinale, il lui assigne un certain nombre de tâches : appeler Dumordant, celui qui a la dent dure, pour lui rappeler que l’échéance de renvoi de son dossier de sinistre a été prorogée de 15 jours… puis ne pas oublier d’envoyer le rapport d’expertise pour le sinistre de la maison Trucmuche… et surtout calculer la police de Jean Bon…

Sabine n’a pas tout écouté, elle n’a pas tout retenu. Elle est ici mais aussi ailleurs. Ce matin, elle a quitté la maison en catastrophe. Elle a laissé les consignes à la nounou, tout en rappelant à son mari qu’ils étaient invités à dîner demain… Elle sait ce qui l’attend ce soir. Sa mère a fait une chute dans l’escalier, et s’est cassée la jambe. Elle est aux urgences, mais en sortira ce soir. Il faudra donc : aller la chercher, s’occuper d’elle, trouver une personne capable de venir l’aider à partir de lundi (repas, toilette, …), puis mettre en place la présence d’aides-soignantes, d’infirmières et puis une femme de ménage. Ah, oui, j’oubliais aussi, les courses !!! … Penser à inscrire les choix de son fils de 17 ans sur Parcoursup… S’assurer que la quittance de loyer a été envoyée… et les impôts…

Sabine voit s’allonger, devant ses yeux, une multitude de tâches, qui en engendrent d’autres. Et comme il y en a beaucoup, elles les oublient. Elle doit alors recommencer mentalement à établir sa liste tout en passant un coup de fil à Dumordant, sans oublier de calculer la police de Jean Bon. Sabine est en surcharge d’informations et de tâches à venir.

Que doit-elle faire ? Bien sûr, prendre des notes, écrire, se poser quelques minutes pour faire le tri, respirer sont des conseils de bon sens. Mais ce n’est pas si simple… D’autant que son manager, Kevin, commence à s’impatienter. Il vient d’ailleurs de lui faire plusieurs remarques dans ce sens…

8796ccc80314cb236807bb4bf6f246d9-jpgKevin ne fait qu’ajouter de la pression à la pression, et déclencher le mécanisme fatal… De la charge à la surcharge, il n’y a qu’un pas… et de la surcharge au burn-out…

Alors Kevin, plutôt que d’être le manager oppresseur, prend le costume de « servant leader »…  Fait preuve d’empathie. Par exemple : « Comment vas-tu Sabine, ce matin ? Il me semble que ce n’est pas comme d’habitude… ». « Comment puis-je t’aider pour te permettre de t’organiser ?… veux-tu prendre une journée pour régler le problème de ta mère ? ».

imageLe manager peut agir sur la surcharge mentale des personnes qui travaillent avec lui/elle. Il en a même le devoir si on considère que le stress est source de contre-performance ou pire, de manifestations pathologiques… Mais pour cela, il doit lâcher le sacro-saint « ses problèmes relèvent de la sphère privée, je ne veux pas jouer les assistantes sociales ! ». Cette phrase est souvent une bonne excuse pour s’éviter une discussion qui touche aux émotions, à l’affect, domaines dans lesquels certains managers ne se sentent pas à l’aise…

Jean-Christophe Thibaud (jcthibaud@lectia.fr)

et

François Debly (francois.debly@5d-coaching.com)

 

Développement personnel ? … au travail !!!

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Le jour où votre DRH voudra vous convaincre de suivre une formation, il vous la vendra en insistant sur le fait que c’est bon pour votre « développement personnel » … Cette appellation générique regroupe beaucoup d’outils, du coaching à la formation en passant par le mentoring. Ces méthodes et processus génèrent des évolutions et des changements de posture, fournissent des moyens que vous pouvez utiliser pour le bénéfice de votre fonction au sein de l’entreprise mais pas seulement… Savoir gérer les conflits fonctionne aussi bien avec des collègues, son manager… et son conjoint.

Un développement pas si personnel que ça…

« Si vous trouvez que l’éducation coûte cher, essayez l’ignorance ».

Abraham Lincoln 

jean-bertrand-pontalis-changer-c-est-d-abord-changer-de-point-de-vue_imagepanoramique647_286D’après Wikipedia : « En psychologie, le développement personnel représente un ensemble de courants de pensées et de méthodes destinées à l’amélioration de la connaissance de soi, la valorisation des talents et potentiels, l’amélioration de la qualité de vie, à la réalisation de ses aspirations et de ses rêves… » C’est donc un travail de découverte de soi au sens large, une « croissance personnelle » comme disent nos amis québécois.

Le développement personnel fait référence à l’évolution de la personne, tant du point de vue de ses capacités et potentiels, que de sa propre conscience de soi. Un de ses buts est d’activer un regard différent sur soi et le monde environnant, aussi bien professionnel que personnel… si tant est qu’on puisse réellement faire une différence entre les deux (cf notre dernier article : « Vie professionnelle, vie privée… Divorce ou nuit de noces ? »).

Si l’amélioration des performances ne pose pas de problème (bien au contraire…), la prise de recul, le changement de regard, la nouvelle posture ne sont pas anodins. Cela peut même susciter quelques réticences, tant pour l’entreprise que pour le salarié lui-même, voir pour son environnement familial.

Un engagement dans une formation donne lieu, à plus ou moins long terme à une nouvelle gestion de la carrière professionnelle… parfois à un nouveau départ. Le collaborateur prend conscience de sa valeur et surtout il devient plus visible pour les concurrents et les chasseurs de têtes. Ne parlons pas des divorces ou des tensions qui peuvent survenir dans un couple à l’occasion d’un cumul « reprise de formation / responsabilités professionnelles ». Dans un « Executive MBA » par exemple, dix-huit mois de cours, de travaux de groupe, de déplacements à l’étranger, de coups de fils après 20h peuvent nuire quelque peu aux relations familiales…

f0fb3d96ab223acff85f336427fbd002-point-of-view-perceptionEn ce qui concerne le coaching, l’effet obtenu va plutôt dans le sens d’un réengagement de la personne accompagnée. Son regard change, elle appréhende mieux son environnement, elle extirpe les cailloux de sa chaussure les uns après les autres.

L’entreprise au service des aspirations personnelles…

« Le bonheur est dans le pré, cours-y vite, cours-y vite, le bonheur est dans le pré, cours-y vite il va filer. »

Paul Fort

Pendant longtemps, les choix professionnels (promotion, mobilité…) se sont faits au détriment de la vie privée. Ce n’est plus le cas. Les nouvelles générations sont très attachées à concilier leurs aspirations personnelles avec leur vie professionnelle… et non plus l’inverse comme leurs parents.

Dans un sondage effectué en 2017 (Baromètre OPE de la Conciliation entre Vie professionnelle et Vie personnelle), 93 % des salariés interrogés considèrent que l’équilibre des temps consacrés à la vie professionnelle et à la vie personnelle est un sujet important voire très important. 64 % des salariés interrogés estiment que leur employeur « ne fait pas beaucoup de choses » pour les aider à équilibrer leurs temps de vie.

L’entreprise a appris à mettre à disposition de ses collaborateurs un certain nombre de services pour prendre en compte leur vie personnelle : agence de voyages, crèche, conciergerie, livraison des courses sur le lieu de travail, pressing, food truck sur le parking de la société, salle de sport etc…

Mais, au-delà des supports « techniques » apparus à la fin des années 90, de plus en plus d’entreprises savent que pour fidéliser leurs employés, elles doivent satisfaire aussi leurs aspirations personnelles. La génération des X, puis celle des Y, se sont mis en quête de sens. Elles recherchent des postes motivants, riches en expérience qui vont aussi dans le sens de leurs valeurs personnelles. Et lorsqu’elles ne trouvent pas, elles n’hésitent pas à aller voir ailleurs…

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Comment nous préparer aux bouleversements à venir ? Dans les dix prochaines années, 80% des métiers existant vont disparaître. Autant d’activités encore inconnues vont prendre leur place. Dans ce monde VUCA, « Volatile, Uncertain, Complex, Ambiguous » l’intuition, le réseau, les capacités relationnelles, l’esprit d’équipe feront la différence. Le développement personnel permanent va devenir la meilleure assurance pour se prémunir de l’obsolescence qui nous guette…

Jean-Christophe Thibaud (jcthibaud@lectia.fr)

et

François Debly (francois.debly@5d-coaching.com)